L'église paroissiale Saint-Pierre, entourée de son cimetière, est implantée à l'écart du village : à la limite du Barry (faubourg), loin du castrum de Luzech, selon une disposition courante dans la région.

stpierre_2132bUn édifice du XIVe siècle entre tradition et particularisme

Au début du XIVe siècle, les évêques de Cahors sont seigneurs de Luzech : l'église Saint-Pierre a donc pu faire partie des chantiers qui furent entreprise sur les édifices religieux de la ville épiscopale à cette époque. Cette église aux volumes simples s'apparente aux édifices gothiques du Midi de la France. Son plan à nef unique sans transept, voûtée d'ogives et flanquée de chapelles latérales plus basses, présente toutes les caractéristiques des églises locales. Le chevet plat, cantonné de contreforts, est une spécificité qui se retrouve aux églises Saint-Pierre des Junies, de Puy-l'Evêque et de Saint-Vincent-Rive d'Olt.

La présence d'un clocher-tour surmontant le choeur est un phénomène rare en Quercy, bien qu'on retrouve cette particularité à l'église toute proche de Saint-Vincent-Rive d'Olt. Cette tour est percée des quatre côtés par deux niveaux de deux baies en arc brisé. Une niche surmontée d'un dais, au premier niveau debaies, étonne par son isolement et par sa situation curieuse sur le rocher.Cette niche, et la large fenêtre à trois jours et chapiteaux à feuillages ouverte sur le choeur à l'est, sont autant d'éléments du gothique qui permettent de dater l'église du XIVe siècle.

Les grands travaux du XIXe siècle

Afin de mieux répondre aux nouvelles préoccupations religieuses du XIXe siècle, la fabrique (assemblée des paroissiens chargés de la gestion des biens de leur église) décide d'entreprendre vers 1870 d'importants travaux dans l'église, qui avait besoin de restaurations.

stpierre_2131bLa façade, ouverte par un large portail, est surmontée d'une baie à remplages néo-gothiques. Deux murs-pigeons latéraux sont reconstruits à cette époque pour former les façades des deux nouvelles annexes . A l'intérieur de l'édifice, un vaste programme de décoration se met en place en 1880, habillant les murs nus et plutôt sévères de l'édifice. Ainsi, le mur du choeur reçoit deux majestueuses peintures à l'huile où sont représentés, sur un fond or, Saint-Pierre et Saint-Paul prêchant devant la foule. Ces deux scènes, tirés des Actes des Apôtres, ont été exécutées par le peintre cadurcien Calmon, qui fut chargé de la restauration des fresques de la cathédrale de Cahors.

Le vitrail central, qui reprend l'iconographie traditionnelle du Christ en croix entouré de la Vierge et de Saint-Jean, provient, comme tous les vitraux de l'édifice, de la manufacture Gesta de toulouse très active dans la deuxième moitié du XIXe siècle. La nef a sans doute subi des remaniements à la fin du Moyen Age comme l'attesterait la présence de culots sculptés avec des anges de type cadurcien de la fin du XVe siècle. Ils reçoivent des blasons où sont peints les monogrammes du Christ et de la Vierge, les armes des barons de luzech, celles de Monseigneur Enard, évêque de cahors de 1896 à 1906 et celles du pape Léon XIII (1878-1903)

L'aménagement intérieur fruit d'apports successifs

De nombreuses confréries existaient au Moyen-Age : certaines, comme la confrérie de la Vraie Croix, possédaient une chapelle dans l'église. Deux chapelles sont voûtées d'ogives à liernes, et on remarque des têtes sculptées sur les culots de la chapelle.

Une inscription en occitan sur une pierre encastrée dans le mur de la chapelle de la Vierge rappelle la consécration de cette chapelle en 1320. Au XIXe siècle, une nouvelle forme de dévotion se met en place. Des confréries sont érigées, comme celle du Très-Saint-Rosaire, pour développer le culte de Marie. Les chapelles reçoivent un nouveau vocable. La chapelle du Sacré-Coeur et celle de la Vierge se voient dotées d'autels en marbre d'Italie comme celui du choeur, sur lesquels repose une statue qui s'inscrit dans une mandorle (en forme d'amande) peinte sur le mur.

On a donc affaire à un ensemble cohérent, relevant d'un programme global d'aménagement de l'église, terminé à l'aube du XXe siècle. Les murs de séparation des chapelles sont percées afin de ménager un couloir de circulation pour les processions qui se déroulent à l'intérieur de l'église. Dans les bas-côtés ainsi créés, on a réemployé des pierres tombales anciennes dont certaines présentent des inscriptions : un "PETRI" peut encore se lire sur une dalle placée contre le pilier entre la nef et la chapelle. Dès le Moyen-Age en effet, des membres du clergé et certains paroissiens se firent enterrer à l'intérieur du sanctuaire, malgré l'interdiction de l'Eglise qui condamnait cette pratique.

Du mobilier antérieur aux aménagements de l'église au XIXe subsistent les deux statues de bois doré des chapelles ouest. L'une représente Saint-Thomas d'Aquin, foulant aux pieds la tête du savant arabe Averroès, un infidèle aux yeux de l'Eglise, et l'autreSaint-Dominique, identifiable à la présence d'un chien. Elles proviennent toutes deux del'église Saint-Urcisse de cahors et auraient été transférées à Luzech sous la Révolution.

[Source : Les églises buissonnières dans le Lot, collectif DESS Patrimoine de l'Université de Toulouse-le Mirail, Service Départemental de l'Architecture du Lot]